Le cahier de la honte

Ce matin je retrouve un cahier sur lequel j’ai longuement écrit sur cet affect douloureux durant de longues années.
La honte colle à la peau et dans un système familial, elle se promène et passe de générations en générations, en affaiblissant toujours un peu plus les individus. Elle se retrouve fréquemment en analyse transgénérationnelle.
La honte est la trace d’un traumatisme réel. Elle a le pouvoir de briser le dialogue émotionnel intériorisé.
La force de la honte est qu’elle ébranle les 3 piliers fondamentaux de l’identité que sont le narcissisme, l’affection qui nous lie à nos proches, la certitude de faire partie d’une communauté qui nous accepte.
La honte est dévastatrice car elle suscite des émotions complexes (peur, tristesse, colère et désespoir). Elle est terriblement pénible à vivre. L’individu honteux est psychiquement désorganisé. Il cherche à s’adapter en permanence (il peut mentir, vouloir se cacher, éviter des situations).
Les hontes les plus graves sont liées à des situations indicibles et en tête on retrouve hélas les abus sexuels et pire encore l’inceste.
Les hontes qui envahissent l’ensemble de la personnalité peuvent évoluer vers des états dépressifs permanents.
Dans les familles où de lourds secrets de famille œuvrent en silence, les ambiances sont pesantes et la honte règne en maître. Silence et secrets sont les alliés de la honte, ils la nourrissent, l’entretiennent. Seule la parole libère. Pour anéantir la honte, pour s’en dégager, s’en libérer, il faut la dire, la ressasser (de préférence dans le cadre d’une thérapie).
Si ce terrible affect handicape un individu, il est essentiel d’en rechercher l’origine et parfois c’est dans les transmissions transgénérationnelles qu’il s’est logé, c’est dans la vie des ascendants qu’il trouve son origine (une faillite, une maladie honteuse, des abus sexuels, une grossesse illégitime, un enfant abandonné …)
Il est donc essentiel de repérer les traumatismes pour avancer.
Il est utile de rappeler que souvent la charge émotionnelle de la honte est intacte et qu’un descendant a pu la reprendre intégralement à son compte.
Et oui nous sommes loyaux à nos systèmes familiaux, à nos clans car ils sont le fondement même de notre existence.
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A lire sur le sujet
Boris Cyrulnik, Mourir de dire
Serge tisseron, La Honte : psychanalyse d’un lien social
Brené Brown, Dépasser la honte
John Bradshaw, S’affranchir de la honte
Annie Ernaux, La place
Anne Montarlot et Elisabeth Cadoche, La fabrique de la honte – Enquête sur une émotion qui enferme les femmes
