« Nous naissons pour ainsi dire provisoirement quelque part, et c’est peu à peu que nous composons – en nous – le lieu de notre origine pour y naître – après coup – et chaque jour plus définitivement. » – Rainer Maria Rilke
Qui sommes-nous sans le récit de ceux qui nous ont précédés ? Pour beaucoup, la question de l’identité et des origines reste un questionnement silencieux, parfois douloureux, qui traverse toute une vie. Le livret de famille est souvent le premier document tangible qui nous rattache à une histoire, à une lignée. Derrière ses pages administratives se cachent parfois des secrets, des silences, des blessures de filiation transmises de génération en génération — et qui méritent d’être explorées.

Histoire et origine du livret de famille
Les incendies successifs de Paris pendant la Commune, en 1871, provoquent la destruction des registres d’état civil. C’est à partir de ce traumatisme collectif qu’est pensé le livret de famille, d’abord pour les familles parisiennes. Créé en 1877, il est généralisé dès 1884 et sert initialement de collection de secours, une mémoire de substitution face à la perte des archives officielles.
Ce contexte historique n’est pas anodin : dès son origine, le livret de famille est un outil de reconstruction de l’identité face à l’effacement. Une fonction qui résonne encore aujourd’hui dans les histoires familiales marquées par les ruptures, les pertes et les secrets.
Qu’est-ce que le livret de famille ?
Le livret de famille contient normalement les noms, prénoms, dates et lieux de naissance de trois générations (parents, grands-parents et enfants) ainsi que les dates de décès des enfants éventuellement disparus avant leur majorité.
Il existe cinq types de livret de famille :
- Le livret de famille des époux
- Le livret de famille de la mère d’un enfant naturel
- Le livret de famille du père d’un enfant naturel
- Le livret de famille commun du père et de la mère d’un enfant naturel
- Le livret de famille du père ou de la mère d’un enfant adopté
Dans certaines familles, ce petit livret dépasse largement sa fonction administrative. Il devient un objet symbolique, presque sacré, notamment lorsque des problématiques liées à la filiation ont existé dans les lignées paternelles ou maternelles : enfant naturel, naissance sous X, abandon, rapt d’enfant. Il officialise une venue au monde et parfois, il en révèle les zones d’ombre.
La filiation en droit français : évolution historique
La filiation désigne le rapport de famille qui lie un individu à une ou plusieurs personnes dont il est issu. En France, son cadre juridique a profondément évolué sur deux siècles — passant d’une hiérarchie inégalitaire à un principe d’égalité totale entre tous les enfants.
Deux conceptions historiques de la filiation
« En 1804, le Code civil avait retenu une conception hiérarchisée de la famille. Seule la filiation légitime était jugée digne d’intérêt. Les enfants incestueux ou adultérins ne pouvaient être reconnus, et les enfants légitimes étaient les seuls à pouvoir hériter de leur père. »
— Source : La grande bibliothèque du droit
Les grandes évolutions législatives
Ce long chemin législatif reflète combien la question de la filiation touche à l’intime, au politique, et au symbolique. Car derrière chaque texte de loi se trouvent des familles réelles, des enfants privés de leur histoire, des identités fracturées.
Filiation, secrets et transmissions transgénérationnelles
Le mot filiation désigne le rapport de famille qui lie un individu à une ou plusieurs personnes dont il est issu. Elle repose sur des liens d’alliance et de parenté, normalement légitimés par la société.
Mais que se passe-t-il quand cette filiation est tue, falsifiée ou effacée ?

Parmi les transmissions les plus problématiques observées en thérapie transgénérationnelle, les secrets et mensonges autour de la filiation peuvent engendrer des troubles de l’identité, un sentiment d’illégitimité, des souffrances psychiques inexpliquées ou encore la répétition de schémas familiaux sur plusieurs générations. Ces blessures dépassent souvent la personne directement concernée et peuvent se transmettre inconsciemment au sein de la famille.
Lors de la construction d’un génosociogramme, véritable cartographie de l’histoire familiale sur plusieurs générations, ces nœuds de filiation apparaissent souvent avec une grande clarté. Ils permettent de mieux comprendre l’origine de certaines souffrances persistantes et d’éclairer des questionnements identitaires restés sans réponse.
Deux oeuvres pour aller plus loin


Ces deux œuvres illustrent combien la quête d’identité liée à la filiation peut structurer — ou déstabiliser — une vie entière. Mettre des mots sur son histoire, la raconter et lui donner du sens peut déjà constituer un premier pas vers l’apaisement.
C’est d’ailleurs ce que propose l’atelier d’écriture autour du récit familial : un espace bienveillant pour explorer sa mémoire familiale, mieux comprendre son parcours et commencer à renouer avec ses origines.
Vous portez des questions liées à votre filiation ?
Si la lecture de cet article a fait écho à quelque chose en vous — une question sur vos origines, un secret de famille pressenti ou un sentiment d’illégitimité difficile à expliquer — sachez que ces ressentis peuvent parfois trouver leur origine dans l’histoire familiale et les transmissions transgénérationnelles.
En séance de psychogénéalogie et d’analyse transgénérationnelle, nous explorons ensemble votre histoire familiale afin de mieux comprendre ce qui se transmet et d’ouvrir un chemin vers un apaisement durable.
Les séances se déroulent en présentiel à Paris 12e ou en ligne, afin de vous accompagner où que vous soyez.

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